Yes We Made - Récup & Détournement d'objets - Dans une société qui peine à éliminer le déchet, Yes We Made vous présente des créateurs capables de les dévoiler et de leur donner une seconde vie. Récup', recyclage, détournement d'objets... une matière première inépuisable pour des objets inattendus !
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MARIE FIORE
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ET SI LE PLASTIQUE ET LE TULLE SE METTAIENT EN LUMIERE ?

J'ai rencontré Marie dans son petit appartement parisien. C'est aussi l'atelier où elle confectionne ses lampes, un lieu magique où s'exposent quelques-unes de ses réalisations très raffinées, et où sont stockés divers objets chinés ou récupérés au fil du temps : des emballages plastique, des vieilles boites lithographiées, des morceaux de fourrure, des rubans, de la dentelle, des fils de cuivre, des tubes de plexiglas, et aussi du tulle de toutes les couleurs.
Bref, c'est étonnant comme Marie arrive à donner une nouvelle vie lumineuse et résolument romantique à ces matériaux !

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MARIE NOUS RACONTE...

Une petite présentation de toi ?
Je viens d'une famille très manuelle, perfectionniste, économe et ingénieuse. J'ai donc appris très tôt à me servir de mes mains, et j'ai aussi appris l'exigence car « quand on fait quelque chose, on le fait bien, sinon ce n'est pas la peine. »
Professionnellement, je viens du cinéma. J'ai touché à pas mal de métiers du cinéma, que ce soit en production, sur les plateaux, dans les salles de montage... et même dans l'écriture. Je suis auteur, j'ai aussi écrit pour les enfants.
Entre deux films, il m'arrivait de peindre des petits meubles en bois dans un style naïf. J'en ai fait pour moi, pour mes proches, j'étais aussi présente dans deux boutiques, une aux Halles et une à Saint Germain ; j'en étais très fière !... Cependant, c'est le cinéma qui avait la priorité et je n'ai pas persévéré.
Mais j'ai besoin de travailler avec mes mains. Et j'ai besoin de faire des objets qui soient à la fois beaux et utiles. Alors, des années plus tard, je me suis mise à créer des lampes... Et depuis deux ans, j'y consacre une grande partie de mon temps.
Je n'avais jamais imaginé que l'artisanat pouvait devenir mon métier. Un métier de plus en plus valorisé et auquel on accorde plus d'intérêt, il me semble. Et ça c'est agréable ! Et puis tout est tellement standardisé que les gens recherchent de plus en plus des objets uniques... c'est gratifiant.

Peux-tu nous expliquer le concept et les secrets de fabrication de tes objets ?
Pour les abat-jours, j'utilise, soit du tulle, soit du plastique que je récupère.
Je veux créer des lampes qui soient aussi belles éteintes qu'allumées. C'est ce qui détermine mon choix du matériau et de sa couleur, ainsi que ma façon de travailler ce matériau selon l'effet que je veux obtenir.
Mes outils : mes doigts et des ciseaux. Je noue, je tends, je coupe. Pour l'étape finale de mon travail, je me transforme en coiffeuse pour lampe : je passe ma main dans la matière, je la coiffe ou je l'ébouriffe, je coupe et je recoupe jusqu'à ce que l'équilibre me semble parfait.... J'adore ce moment pendant lequel je me prends pour Edward aux Mains d'Argent !
Pour les pieds, c'est évidemment plus technique. J'ai des câbles électriques de toutes les couleurs et j'aime les mettre en valeur. C'est pour cela que j'utilise des tubes transparents. La nuit, ils disparaissent et les abat-jour semblent en suspension. Ca leur donne un côté encore plus aérien.

"Je veux créer des lampes qui soient aussi belles éteintes qu'allumées."


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Comment as-tu eu l'idée de créer tes lampes ? Et pourquoi le plastique et le tulle ?
J'ai créé mon premier abat-jour parce que mes voisins et amis d'en face m'avaient gentiment fait remarquer que je les aveuglais avec une ampoule nue. Je l'avais laissée nue parce qu'aucun abat-jour ne trouvait grâce à mes yeux ; quand ils étaient beaux éteints, je n'aimais pas la lumière qu'ils rendaient, et inversement... Mais comme j'aimais beaucoup mes voisins, j'ai immédiatement pris ce que j'avais sous la main et j'ai créé mon premier abat jour... c'est comme ça que j'ai attrapé le virus.
Pourquoi le tulle ? Parce que c'est une matière magique, aérienne et élastique, il filtre très joliment la lumière et il existe dans de nombreux coloris.
Le plastique ? Comme le tulle, c'est un détournement, et j'aime jouer avec sa souplesse et sa transparence. C'est toujours intéressant d'exploiter des matériaux auquels les autres ne pensent pas parce que ça crée de vraies surprises, et à moi en tout premier lieu... si je ne suis pas surprise, je m'ennuie. Et puis, j'apporte ainsi ma petite contribution à la préservation de l'environnement. J'utilise exclusivement du plastique non recyclable (du plastique bulle et le plus souvent des sacs en plastique). Ils mettent près de 4 siècles pour se décomposer. Donc, en plaisantant, mais sans mentir, je peux dire que mes abat-jours en plastique sont garantis des siècles... Et qu'ils seront peut-être un jour des pièces de musée puisque ces sacs sont appelés à disparaître, ce qui est une bonne chose pour l'environnement.

Où crées-tu et comment travailles-tu ?
Je travaille dans mon atelier, mais la conception peut se faire n'importe où. Dès que j'ai une idée je note ou je dessine sur un petit carnet qui ne me quitte jamais. Si l'idée me poursuit suffisamment, je passe au prototype.
Les matériaux ou les objets viennent de sources multiples : mon usage personnel, celui de mes proches, les caves, les greniers, les trottoirs... je chine aussi dans les vide greniers et les brocantes. J'achète le tulle et je fais fabriquer les carcasses aux dimensions qui me conviennent et qui ne sont donc pas standardisées. Et bien sûr, j'achète le matériel électrique qui doit être aux normes.

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Où puises-tu ton inspiration ?
C'est très difficile à dire... Je peux dire ce que j'aime, mais la liste serait longue et parfois, je peux juste être touchée par une ombre sur le trottoir, ou bien deux couleurs mises côte à côte par hasard et dont le mariage m'enchantent... tout me nourrit...et ça ressort, la plupart du temps inconsciemment, lorsque j'écris ou lorsque je crée une lampe...
J'adore la peinture flamande. Je peux rester des heures le nez collé sur un tableau, à essayer de percer le mystère de la transparence d'un verre, de l'éclat d'un pot en argent ou en étain, de la texture d'un tissu. À cette époque-là, c'était la mode des fraises (pas le fruit, la collerette)... Et j'ai réalisé un jour que les « tutus » de mes abat-jour ressemblaient beaucoup à des fraises... et aussi qu'avec mes lampes je cherchais à recréer une lumière aussi douce et subtile que celle de ces tableaux.
Mais j'ai aussi fait un peu de danse classique quand j'étais enfant. Je me souviens de mon petit tutu blanc et de mes chaussons roses... alors, comment savoir ce qui m'a le plus inspirée ? Les deux sans doute... Comme tous les créateurs, j'ai probablement un univers en moi qui se reflète dans mes créations, mais ça m'échappe et c'est tant mieux.

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Un petit mot pour la fin ?
...Que la lumière soit !


© Marie Fiore - Photos : Christa Antoniou - Emma Géraud - Marie Fiore - Julie Vinogradoff


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